En France, à huit mois des élections présidentielles, les tensions et le nombre de candidats augmentent dans les mêmes proportions.
Au Brésil, les élections se tiendront dans moins de trois semaines. Mais lors des scrutins des 4 et 25 octobre, ce n’est pas seulement le Président de la République qui sera élu, mais aussi : les sénateurs, les députés, les gouverneurs et les députés des parlements de chaque État.
Les électeurs de l’État du Pará devront ainsi choisir : un Président, un Gouverneur, deux Sénateurs, dix-sept Députés fédéraux et quarante-et-un Députés étatiques.
Coût et logistique, risque de fatigue des citoyens dans un pays où le vote est obligatoire, alignement des mandats : les arguments en faveur de cette concentration existent.
Mais cinq élections conduites en même temps, c’est cinq fois plus de chance de passer à côté des sujets de fonds et surtout, dans le cas de l’Amazonie, de ne pas parler … de l’Amazonie.
La campagne électorale est écrasée par le retour du duel de 2022. Le Président sortant, Lula et Bolsonaro (en la personne de son fils aîné Flavio, le père étant en prison suite à sa tentative avortée de coup d’État) rejouent le match.
Si l’Amazonie n’est pas un thème de campagne, les deux candidats ont déjà clairement annoncé leur couleur.
Lors de son passage à Belém, en juin, Flavio Bolsonaro est descendu de son avion avec un T-shirt sur lequel on pouvait lire “l’Amazonie est à nous”.
Négationniste climatique assumé, Il est aligné avec la bancada Boi, Bala e Biblia (le boeuf, la balle et la bible), qui désigne la jonction au parlement et dans les cercles du pouvoir des lobbys de l'agro industrie, de l’armement et des évangéliques.
S’il est élu, il entend poursuivre la politique de son père et reprendre le détricotage des normes, des lois et des politiques publiques qui préservent la forêt amazonienne et les droits des communautés locales.
Pour mémoire, le bilan de Bolsonaro (Père) : une hausse de plus de 50% de la déforestation avec 11 500 kilomètres carrés de forêt disparue en 2022 (la taille de l’Île-de-France), une hausse de 125% de l’orpaillage illégal et aucune nouvelle terre autochtone homologuée.
De son côté, Lula Ignacio da Silva a promis une déforestation liquide zéro d’ici 2030. Concrètement cela signifie : plus de déforestation illégale et une compensation totale des déforestations légales par la plantation de nouvelles forêts. Un objectif atteignable, moyennant la mise en place d’une stratégie offensive et intégrée.
Le bilan à date n’est pas mauvais : “seulement” 5700 kilomètres carrés déforestés en 2025, une chute de l’orpaillage illégal de plus de 50% et 20 Terres autochtones officiellement reconnues sous la mandature.
Ce dernier point n’est pas anodin. La reconnaissance des Terres autochtones ne constitue pas seulement une réparation historique. Il s’agit aussi de la mesure de protection environnementale la plus efficace.
Selon Mapbiomas, entre 1985 et 2023, les Terres autochtones au Brésil ont perdu moins de 1% de leur végétation native originale. Toujours selon le réseau, qui réunit des institutions de référence du monde entier, les propriétés privées ont perdu 28% de leur couverture végétale.
Un point du bilan du candidat à la réélection fait cependant débat : l’exploitation des ressources pétrolifères.
Car le candidat du Parti des Travailleurs, qualifié lors par Obama lors du G20 en 2019 “d’homme politique le plus populaire de la Terre”, est aussi un adepte du “en même temps”.
Au mois d’août, il était à Oiapoque, la ville qui fait la frontière avec la Guyane et où ont été récemment découvertes des réserves de pétrole. Les premiers forages de test ont déjà été lancés par Petrobras, l’entreprise publique qui domine la production pétrolière brésilienne.
Une extraction à haut risque, à 175 kilomètres de la côte, dans un bassin à la biodiversité unique et dont les récifs de coraux et les mangroves servent de pouponnière aux espèces marines. C’est donc une vraie menace qui pèse non seulement sur l’environnement, mais aussi sur la souveraineté alimentaire de tous les pays de la région.
Le 4 janvier 2026 a eu lieu une première fuite de 18 mille litres de liquide de forage, entraînant une suspension temporaire des activités.
Un autre argument, économique, cette fois-ci, est souvent repris par les opposants à l’exploitation des ressources pétrolières sur la bordure équatoriale de l’Amazonie : “la maladie hollandaise”.
Comme l’expliquait Olaf Sleijpen, le Président de la Banque centrale hollandaise, lors d’un discours en août 2026 devant le gouvernement du Suriname (pays voisin qui devrait connaître, comme le Guyana, un boom économique avec le lancement de l’extraction pétrolière) :
“je vous recommande d'étudier l'économie néerlandaise des années 1960 et 1970. Suite à la découverte d'importants gisements de gaz naturel, les recettes publiques ont rapidement augmenté. Celles-ci ont alimenté une forte hausse de la consommation. Il en a résulté une inflation galopante, une réelle appréciation du florin, une détérioration de la compétitivité de l'industrie néerlandaise et, finalement, une récession et du chômage. Nous avons le triste privilège d'avoir enrichi la science économique d'un nouveau concept : le fameux syndrome hollandais.”
Les modèles de la Norvège et des monarchies du Golfe font rêver certains. Mais les expériences de l’Angola, de la Guinée équatoriale, du Nigéria et du Venezuela racontent une autre histoire : la rente pétrolière est rarement une bonne nouvelle pour les économies locales et encore moins souvent vectrice de développement.
D’un point de vue politique par contre, impossible de dire non à une manne financière annoncée (mais non garantie) pour les coffres publics de 600 millions à 900 millions d’euros de royalties annuelles (Source : Chambre nationale de l’industrie brésilienne, dans une étude publiée en 2025).
Et ce, dans une des régions les plus isolées du pays et où l’Indice de développement humain atteint ses plus bas niveaux, comme à Melgaço sur l’archipel du Marajó, où il s’élève à 0,418 (en Somalie, il s’élève à 0,404).
On touche, de nouveau, à la vieille querelle qui oppose le Nord et le Sud. Difficile de demander aux pays du Sud de renoncer sans compensation au développement économique pour préserver un environnement dégradé par le développement des pays du Nord.
Dans le cas de la France, cette querelle se joue à domicile. En Guyane, département français, la loi Hulot interdit l’exploitation de nouvelles sources de pétrole.
Un projet de loi, déposé en juin 2026 par des députés guyanais proposait de sortir la Guyane du territoire concerné par l’interdiction.
L’argument : le développement autonome d’un territoire où 53% de la population vit sous le seuil de pauvreté, contre 15% en France (INSEE, 2021), avec des prix de l’alimentaire supérieurs de 39% à ceux de l’Hexagone (INSEE, 2023).
Le projet a été rejeté en commission au nom de l’engagement national en faveur de la décarbonation de l’économie.
En 2022, Marine Le Pen était arrivée en tête au second tour en Guyane, avec 60,7% des suffrages.
